Tu sais j'ai mal parfois, quand je me souviens. Y'a des jours où je me demande comment j'ai fait pour vivre tout ca, et toujours me relever. Entendre tant de gens me dire que je me brulais les ailes, qu'elles ne repousseront plus jamais, et qu'en effet je les ai perdues depuis longtemps. J'ai mal quand les images en flash reviennent. J'ai mal de me dire que j'ai vécu tout ça. J'ai mal pour l'avenir. De ce que je suis devenue. Sur quoi je me suis construite... Tu sais y'a des jours où c'est dur tout ça. Et je pleure sans cesse de m'en rappeler...
-Alors rappelle toi. Comme tu avais peur chaque jour, chaque heure. Regarde toutes ces photos, regarde dans tes yeux comme tu avais mal. Regarde comme tu étais brisée, perdue et désabusée. Tu n'osais même plus regarder dans l'objectif, tellement tu avais peur qu'on lise dans tes yeux la honte que tu avais en toi.
Te souviens tu comment la descente aux enfers a commencé ? Tu avais même écrit un manuscrit avant que cela n'arrive. Comme si tu avais su ce qui allait arriver. La descente à la rue, tu l'avais appelé. Parce qu'au fond cette jeune fille, c'était juste toi. Juste toi avant que tu ne vives ce qu'elle a vécu de tes propres écrits. Tu as même failli finir comme elle. Paris... Tu ne l'auras jamais touché des doigts. Tu ne te seras jamais endormie sur les bords de la seine. Tu ne l'auras jamais vendu ton putain de corps. A force de l'avoir donné ou laissé à des personnes qui ne le méritaient pas. Rappelle toi d'eux. Et Nadine, cette putain d'héroine, tu l'as tuée à la fin de ton manuscrit, ce putain de maudit manuscrit. Tu l'as tuée avant qu'elle ne voit Paris elle aussi. Et tu as bien fait.
Te souviens-tu de la cave ? peut être trop bien... Te rappelles tu des rues ? tu les connaissais par c½ur. Chaque pavé tu l'avais parcouru. Tu t'etais assise partout et nulle part à la fois. Tu croyais même qu'elle était à toi la rue. Que c'était ton domaine, ton refuge. Mais elle est à tout le monde, et personne à la fois. Tu pensais les connaître à force de les fréquenter. A force de se préter de quoi s'évader, de quoi bouffer, les bouteilles trop vites entamées, trop vite finies. T'avais pris la sale habitude de descendre te chercher de quoi boire dès que tu le pouvais. Et tu buvais autant que tu le pouvais, tout ce que tu avais sous la main. Jusqu'au jour où tu t'es rendue compte que t'en avais besoin. Que t'avais besoin de boire, que ca allait pas quand tu pouvais pas descendre le faire. Que ca te manquait même. Que ca te soulageait que trop bien. Tu t'en es rendue compte, et ca t'a fait bien plus que peur.
Et les humiliations ? T'en rappelles-tu ? Ca ne sortait pas de ces murs. Ca cognait comme ca voulait, sans aucune hésitation, aucune morale. On pleurait en cachette, avant qu'on ne se fasse traiter de fous. Et toi t'avais le courage de partir, à chaque fois. A chaque putain de fois où ca commencait à gueuler. Que tu ne pouvais pas dire ce que tu pensais. Que t'avais juste peur de t'en prendre une un jour, parce que ca aurait bien pu arriver. Tu prenais juste ton sac, ta veste, et tu claquais la porte. Sans telephone, parfois sans fric. Et tu devalais le boulevard, sautais dans n'importe quel bus, n'importe quel tram. Et t'essayais toujours de fuir jusqu'à ce que ce soit les flics qui te ramènent. Soit là bas, soit à l'hopital.
Te souviens tu comment tu te sentais à chaque fois que t'allais le voir chez lui ? Inconsciement t'avalais et tu fumais tout ce qui passait pour mieux oublier ce que tu devais faire. Histoire de faire plaisir, sans vraiment s'en rendre compte. Toujours être défoncée, pour moins comprendre dans quoi t'étais tombée. Mais au final quand tu rentrais t'étais vide. T'étais juste sale. Tu te rappelles la nuit quand tu te reveillais et que tu pleurais sans t'arrêter ? Des crises d'angoisse à répetition. Des cauchemars qui n'en finissaient pas chaque nuit. Tu te sentais sale, tu te sentais pute. Tu te sentais mal, tu sentais la chute. Tu te rappelles encore si bien de ce que le premier t'avais fait. Ta première fois, tu ne l'oublieras jamais.
Et tu t'en es sortie de tout ca. Y'a plus que des bonjour furtifs dans la rue qui t'y ramènent à ce passé. Et puis quelques photos. T'es resortie de l'enfer. L'enfer d'une gamine de 14 ans qu'avait rien demandé. T'en es sortie de toute cette merde. Alors tu ne dois plus jamais pleurer. Juste regarder autour de toi comme la vie est belle. Te sentir protégée. Te dire que plus jamais aucun d'eux ne te touchera. Que plus jamais tu ne boiras assise au coin d'une rue avec des gens que tu ne connais pas. Que plus jamais tu n'auras à mentir. Que plus jamais tu ne devras avoir honte. Que plus jamais t'y retoucheras à toute cette merde. Que y'a des gens qui t'aiment vraiment, et qui ne te voudront jamais de mal. Que tu n'auras plus jamais à avoir si peur, chaque jour. Que t'auras plus à oublier tout ca, que tu l'enterre avec les débris du passé. Que tu es devenue forte grace à tout ca.
-Et oui... Un jour je quitterai tout ça. Je quitterai tout ca pour de bon. J'en changerai de cette putain de vie. Je laisserai tout ce que j'ai vécu de si sale ici. Je partirai sans un regret. Sans ne jamais me retourner derrière. Et plus personne ne me manquera, jamais. Je laisserai tout de cette vie que j'ai construis à mes dépends, pour en decouvrir une nouvelle. J'affonterai de nouveaux horizons seule, et ne laisserai plus jamais quelqu'un prendre possession de mes pensées. Cela fait partie de moi à jamais. J'ai appris à vivre avec tout ca sur le c½ur, je me suis reconstruite. Je trace ma route, sans ne plus jamais me retourner. Je la hais de m'avoir engouffrée là dedans... Elle paiera un jour. Je suis sortie de l'enfer, je ne dois plus jamais pleurer.
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.ET TOI? QUELLE MORALE AS-TU TIRE D'UNE DES PLUS DURES PERIODES DE TA VIE ?.
.ET AS-TU UNE LECON A TE DONNER A TOI MEME ? LAQUELLE ?.
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Texte : Monologue... Surement beaucoup trop personnel, je ne sais pas. .
..........Je pense que peu de monde le lira de toute facon.
Photo : moi, et montage par moi.